APCE Session Ordinaire de 2016

Compte rendu de la vingtième séance

Mercredi 22 juin 2016 à 10 h 00

Le fonctionnement des institutions démocratiques en Turquie


Mme DURRIEU (France), porte-parole du Groupe socialiste
Merci aux corapporteurs. La tâche n’est pas facile. La Turquie est un grand pays. C’est une grande puissance historique, et le peuple turc est un grand peuple. Nous sommes d’accord, les uns et les autres, pour le rappeler en permanence. La Turquie est effectivement membre fondateur du Conseil de l’Europe, temple des droits de l’homme, de la démocratie et de l’Etat de droit. La situation à laquelle nous sommes confrontés n’est pas facile à analyser.


La dérive autoritaire du Président de la Turquie, l’instauration d’un régime hyperprésidentiel nous inquiètent légitimement. La Turquie d’aujourd’hui, le peuple turc et son président ont rendez-vous avec l’histoire et avec leur histoire, parce qu’au bout du compte, c’est le peuple turc qui décidera de ce qu’il veut.

Erdoğan est élu et réélu depuis plus de dix ans. Avec environ 50 % des suffrages, l’AKP est majoritaire, ou quasiment, et Erdoğan est élu. C’est donc la responsabilité du peuple turc qui est engagée. Pourquoi Erdoğan gagne-t-il toujours ? Je crois que la confrontation le sert. Sa brutalité n’est pas contestée. L’armée est liquidée. On ne parle plus du mouvement Gülen. Police et justice sont liquidées. Les journalistes sont touchés – on a cité Erol Önderoglu que j’ai rencontré régulièrement au bureau de Reporters sans frontières – et peut-être maintenant les parlementaires, avec la levée de l’immunité de plus 150 parlementaires, notamment du HDP. C’est une nouvelle atteinte aux droits fondamentaux et au parlementarisme. Quand on touche aux parlementaires, on touche au cœur même du fonctionnement de la démocratie. Pour le moment, il ne s’agit que d’une levée de l’immunité ; nous verrons ce qu’il adviendra ensuite. Ce sera déterminant pour le postsuivi et peut-être la réouverture – que personne ne souhaite – d’une procédure de suivi.

Même avec le problème des Kurdes, sans doute aujourd’hui le problème fondamental de la Turquie, Erdoğan joue gagnant : 90 % de la population, au moins, condamnent les violences du PKK, et nous aussi ! Mais attention, tout de même : Erdoğan pose le problème en prétendant que c’est lui ou le chaos. Vous avez un rôle essentiel, vous les Turcs, à jouer. Nous vous souhaitons beaucoup de courage, et nous vous faisons toujours confiance.