APCE - Intervention de Josette DURRIEU


SESSION ORDINAIRE DE 2015

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(Quatrième partie)

COMPTE RENDU de la vingt-neuvième séance

 

Lundi 28 septembre 2015 à 15 heures

 

Questions à M. le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe

 

Mme DURRIEU (France) – Nous parlons beaucoup des réfugiés, du drame qui les frappe et qui touche directement l’Europe ; nous en évoquons toutes les causes : elles sont économiques – la pauvreté – et politiques – les conflits. Mais nous n’avons pas beaucoup parlé de cette cause majeure qui aura probablement des effets très lourds sur l’immigration future : les changements climatiques. Réchauffement, dérèglement : à la fin du siècle, 50 à 150 millions de personnes peuvent être mises en mouvement et, par conséquent, se rendre en Europe ou dans d’autres pays.

La COP 21 qui se tiendra à Paris est un moment essentiel : il faut un accord universel et contraignant. Comment comptez-vous mobiliser les pays d’Europe qui, dans l’immédiat, ne le sont pas encore, pour cette cause essentielle ?

 

M. LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL* – Je ne sais pas ce que je peux faire. La France a pris l’initiative dans bien des domaines et je suis impatient de participer à ce sommet à Paris ; j’espère que l’on parviendra à un accord.

Je ne sais pas très bien ce que je dois faire pour rallier chacun à cette cause. Si je devais intervenir, les Présidents et les Premiers ministres me demanderaient de m’occuper d’abord des droits de l'homme plutôt que de l’environnement. Je pourrais toujours répondre que les démocraties peuvent jouer un rôle important, même lorsqu’il s’agit d’assurer la sauvegarde de la planète. Nous n’avons pas grand-chose dans notre « boîte à outils » nous permettant d’exercer une influence sur ce processus.

   

Mardi 29 septembre 2015 à 15 h 30

 

Une réponse humanitaire et politique globale

à la crise des migrations et des réfugiés en Europe

(Débat d’actualité)

 

Mme DURRIEU (France) – Faire face à la crise des réfugiés, comme vient de le dire notre ami M. Loukaides, cela paraît évident, c’est urgent et c’est une question de vie et de mort. Mais il s’est également demandé, et je le rejoins sur ce point, ce que nous avons fait et ce que nous pouvons faire pour prévenir de telles crises. Qu’allons-nous faire également pour ramener la paix ? Telles sont les questions que nous devons nous poser.

 

L’exode est massif et il s’accélère. Mme Boldrini disait tout à l’heure, et elle a raison, que ces personnes ont perdu l’espoir. Les raisons en sont nombreuses.

 

D’abord, le conflit s’intensifie. C’est une guerre, soit – mais quelle guerre ? Au départ, c’était une révolte, qui s’est transformée en guerre civile. Maintenant, c’est incontestablement une guerre par procuration : comme beaucoup l’ont dit, l’Iran, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis sont impliqués – mais aussi l’Europe, avec les djihadistes qui partent de chez nous, notamment de France, et cela nous fait mal. Cette guerre, n’est peut-être plus la guerre de ceux qui quittent la Syrie.

 

Et puis il y a les restrictions. Cela a été dit, mais répétons-le : alors que l’Onu attendait, en septembre 2015, 4,5 milliards de dollars, il en est arrivé moins de 2 milliards. Saluons donc les efforts de ceux qui en font, et qui ne sont pas comparables à ce que nous essayons de faire. Merci, à cet égard, à la Turquie généreuse. Cela ne nous empêche pas de poser des questions au président turc, par exemple celle-ci : quel est son premier adversaire – est-ce les Kurdes, Bachar el-Assad ou Daech ? Merci à la petite Jordanie, qui accueille 1 million de réfugiés, et même sans doute davantage. Merci au Liban. Merci également au Canada pour l’offre qui vient d’être faite. Que représentent 180 000 réfugiés pour les 28 Etats de l’Union européenne ?

 

Les Syriens ont tenu un an, deux ans, cinq ans, puis ils sont partis. Ils ont quitté la Turquie et la Syrie. Ils savent qu’ils ne reviendront pas dans leur pays. Quel pays, d’ailleurs ? La Syrie a explosé. Peut-être ne redeviendra-t-elle pas la Syrie que nous avons connue. La logique des migrants est donc simple, et ce serait aussi la nôtre si nous étions à leur place : tant qu’à vivre un exil, autant choisir le pays vers lequel on se dirige, pour choisir son avenir et celui de ses enfants.

 

Le processus s’accélère, mais les gens quittent d’autant plus vite les camps que la Turquie annonce la fermeture de ses frontières. On peut la comprendre, mais cela veut dire que l’on ne pourra plus transiter par la Turquie. Il faut donc partir vite, et 500 000 personnes ont ainsi quitté Alep en un mois.

 

Il y a ceux qui partent et ceux qui ne partent pas : ceux qui restent en Syrie ou en Turquie et qui regardent sur Facebook les martyrs, les humiliations que subissent leur famille, leurs amis, leurs enfants qui sont partis. À cet égard, l’enfant de Bodrum restera le symbole de l’échec de l’humanité. Oui, il restera notre honte. Que faire, tout de suite, pour la paix ? Que faire pour assurer l’avenir de cette région ?

                   

Mercredi 30 septembre 2015 à 10 heures

   

Discours de M. Zvizdić, Président du Conseil des ministres

de Bosnie-Herzégovine

 

Mme DURRIEU (France), porte-parole du Groupe socialiste – Vingt ans de paix depuis les Accords de Dayton : c’est essentiel et vous l’avez rappelé, Monsieur le Président du Conseil des ministres. La stabilité des Balkans est indispensable pour la paix en Europe, mais le processus politique semble malheureusement bloqué à l’heure actuelle à Sarajevo.

 

Est-il nécessaire, selon vous, de modifier la Constitution ? La tutelle du Haut Représentant de la communauté internationale n’est-elle pas un obstacle à l’émergence d’une conscience nationale et à l’engagement politique du peuple ?

 

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES DE BOSNIE-HERZÉGOVINE* – Le processus engagé en Bosnie-Herzégovine commence à porter ses fruits. Nous poursuivons trois objectifs prioritaires, l’intégration européenne, le développement économique et la primauté du droit, tout en nous efforçant de répondre à nos obligations dans le cadre du processus de paix. Dès lors que la Bosnie-Herzégovine aura démontré sa capacité à assumer les responsabilités aujourd’hui confiées au Haut Représentant, nos institutions pourront jouer pleinement leur rôle au plan législatif comme au plan exécutif.