APCE - Intervention de Josette Durrieu

SESSION ORDINAIRE DE 2015 

COMPTE RENDU - Mardi 27 janvier 2015


Mme DURRIEU
(France) – Je remercie Mme Bilgehan pour son témoignage émouvant.


Je souhaite évoquer la situation en Libye où il y a eu encore aujourd’hui un attentat dramatique, causant la mort de plusieurs personnes. Ce pays est la source de graves préoccupations politiques, non seulement d’un point de vue intérieur mais aussi et surtout pour l’ensemble de la région et pour l’Europe.

La Libye s’enfonce dans le chaos. Le parlement légal, élu en juin 2014 souffre d’un déficit de légitimité. Il s’est réfugié à Tobrouk. La capitale, Tripoli, est contrôlée par une coalition dominée par les islamistes. Aujourd’hui, en Libye, il y a deux gouvernements, deux parlements et l’imbroglio y est total. Des factions, islamistes ou non, y nouent des alliances précaires. La situation devient inextricable.


L’effondrement de l’Etat s’y traduit par des combats qui font rage entre les différentes factions. Il déstabilise les Etats voisins de la bande sahélo-saharienne et menace de faire du pays un sanctuaire de mouvements djihadistes aux portes de l’Europe.

Dans ces conditions, la question d’une nouvelle intervention se poserait, quatre ans après que la coalition militaire de l’Otan, sous mandat de l’Onu, eut renversé le régime du colonel Kadhafi.

En décembre dernier, cinq Etats du Sahel ont solennellement demandé au Conseil de sécurité de l’Onu et à l’Union africaine une intervention destinée à neutraliser les groupes armés. Les autorités de Tobrouk elles-mêmes, en août 2014, avaient appelé à une intervention militaire étrangère contre la coalition qui venait de s’emparer de Tripoli, avant néanmoins de changer d’avis.

Cette volte-face illustre la difficulté d’une telle intervention. Les Etats de la région se partagent entre interventionnistes et attentistes. Les autorités de Tobrouk réclament désormais de la communauté internationale qu’elle équipe l’armée libyenne. Du reste, il convient de s’interroger sur l’opportunité d’une intervention militaire. Une opération unilatérale est exclue et une coalition internationale paraît quasiment impossible à constituer, en raison de l’absence des Etats-Unis, accaparés par la lutte contre l’Etat islamique, et de l’hostilité de principe de la Russie.

Plus encore, il est peu probable que la stabilisation indispensable de la Libye passe par une intervention militaire. La solution ne peut être que politique. Il est nécessaire de favoriser un large dialogue entre les différentes factions. Une médiation de l’Onu visant à la formation d’un gouvernement d’union nationale est en cours. Elle doit être soutenue. Un cycle de réunions entre les parties libyennes a repris à Genève. Cette dernière chance d’aboutir à un cessez-le-feu et à une solution politique doit être saisie.