APCE Compte rendu session 2014

(Quatrième partie)

 

COMPTE RENDU

 

de la vingt-neuvième séance

 

Lundi 29 septembre 2014 à 15 heures
 

 

1-      Rapport d’activité du Bureau et de la Commission permanente

Observation de l’élection présidentielle en Turquie (10 août 2014)

Mme DURRIEU (France) – Incontestablement, Recep Tayyip Erdoğan a gagné l’élection présidentielle turque au premier tour. L’année dernière, son parti avait remporté les élections locales. Toutefois, l’AKP a fait moins de 52 % au premier tour, ce qui prive le Président turc d’une majorité suffisante au Parlement pour modifier la Constitution ou procéder à un référendum constitutionnel. L’opposition, qui obtient moins de 40 % des voix, a perdu. Quant au candidat kurde, devenu très populaire, il n’atteint pas les 10 % : la question du fameux seuil de 10 % que doit obtenir un parti politique pour être représenté au Parlement turc se pose à nouveau.

Je salue la nomination du nouveau Premier ministre de la Turquie, président de l’AKP, Ahmet Davutoğlu, ainsi que celle du ministre des Affaires étrangères, notre ancien collègue Mevlüt Çavuşoğlu. Si la Turquie est bien une démocratie et si de nombreuses réformes y ont été engagées, il reste malgré tout en toile de fond le problème récurrent des arrestations, des procès et des droits de l’homme non respectés, et cette force occulte que constitue le mouvement Gülen.

En 2015, les élections législatives qui auront lieu marqueront une ultime étape pour le Président Erdoğan. Ce sera aussi pour nous le moment de faire le point sur la situation de ce pays.

Quant à Daesh, dont nous venons de discuter en commission politique, je voudrais dire qu’il ne s’agit pas d’un Etat, mais d’un mouvement islamiste. Toutefois, et je m’adresse aussi à la Turquie, soyons prudents dans l’utilisation des mots. La Turquie a joué un jeu dangereux dans le passé en favorisant la naissance de ce mouvement, notamment le soutien logistique de celui-ci. Elle continue de laisser passer de jeunes recrues en provenance d’Europe, du Maghreb et d’Asie centrale. Trois de ces jeunes sont revenus en France la semaine dernière. Ils devaient prendre à Istanbul un avion pour Paris, mais le pilote a refusé de les embarquer. Ils ont atterri à Marseille, où personne ne les attendait. Comment expliquer un tel loupé ? Pourquoi une telle confusion ?

De toute évidence, certains ne veulent pas voir émerger en Turquie une démocratie laïque. En outre, dans cette zone du Moyen-Orient, les Kurdes sont aux avant-postes du combat contre Daesh et certains craignent qu’ils ne forment un Etat en Irak ou qu’ils occupent une région de la Syrie. Pour la Turquie, la question kurde constitue un enjeu important. J’espère que les avancées positives de ces dernières années dans ce domaine ne seront pas compromises.

 

2-      Débat libre

Mme DURRIEU (France) – Je parlerai de la Moldova, où je me trouvais la semaine dernière, mais je pense que c’était aussi le cas des rapporteurs. Je voudrais poser trois problèmes.

Tout d’abord, la Moldova, la Géorgie et l’Ukraine ont signé un accord d’association avec l’Union européenne, courageusement, dirai-je. Au prix de combien de pressions, au risque de combien de sanctions ne l’ont-elles pas fait ! Il faut maintenant que nos Etats respectifs ratifient cet accord. Certains l’ont fait, mais d’autres non. Il est important que nous accompagnions politiquement cette première démarche accomplie. L’adhésion à l’Union européenne reste une perspective.

Je veux le rappeler : cette adhésion est soutenue par une coalition qui regroupe à peu près tous les partis, sauf le Parti communiste, et ce depuis trois ans. Certes, l’existence de cette coalition est précaire, mais elle est bel et bien une réalité. Cette stabilité atteste d’une maturité politique importante. Dans quelques jours, le 30 novembre, des élections législatives auront lieu. Ce sera vraiment un moment politiquement important. Ensuite, nous pourrons peut-être revoir la question du monitoring politique de ce pays, monitoring que j’ai porté pendant plus de dix ans.

Ma troisième remarque concerne l’inquiétude que peuvent sans doute éprouver les Moldaves à la lumière des événements d’Ukraine. Ils sont doublement concernés. D’une part, la Transnistrie, ce conflit gelé depuis vingt ans, c’est chez eux ! Ils savent ce que c’est de voir les Russes s’installer dans l’est de leur pays et ne pas repartir, malgré les pressions de la communauté internationale. J’y étais, la semaine dernière : tout est calme, rien à voir avec ce que ce fut il y a vingt ans. D’autre part, j’appelle votre attention sur la Gagaouzie. Des autorités légitimement mises en place, pro-russes, pro-transnistriennes se disent disponibles si – ce n’est pas de la fiction, c’est de l’anticipation – la Russie voulait boucler une boucle à l’ouest, et considérer que la Transnistrie est reliée à Odessa et à la Gagaouzie.

  C’est un danger, je livre donc ce problème à votre réflexion.