APCE - SESSION ORDINAIRE DE 2014

COMPTE RENDU de la troisième séance

Mardi 28 janvier 2014 à 10 heures

Débat libre :


Mme DURRIEU (France) – À mon tour de vous féliciter chaleureusement, Madame la Présidente !

Je parlerai de la Méditerranée – et de l’Afrique, aussi.
Nous avons en effet tendance à oublier que la Méditerranée est la deuxième mer au monde pour son trafic, après la Manche.
En ce qui concerne la rive sud, nous sommes particulièrement préoccupés par les révolutions arabes, qui ne font sûrement que commencer. Nous suivons les événements de Tunisie et d’Egypte avec beaucoup d’attention.

Le Maghreb nous est encore plus proche depuis que le Maroc nous a rejoints dans le cadre d’un partenariat pour la démocratie ; j’espère que d’autres pays suivront. Entre l’Espagne et le Maroc, il n’y a que 14 kilomètres, et la plupart des capitales européennes ne sont qu’à deux ou trois heures du Maghreb – et même de l’Afrique.
Quant à l’Afrique, justement, elle sera certainement le continent du XXIe siècle ; d’ici à 2050, elle pourrait compter jusqu’à 2 milliards d’habitants.
Alors, je vous invite à suivre les contours de ce qui pourrait devenir l’une des grandes régions du monde – peut-être même l’une des premières : du nord au sud, l’Europe, la Méditerranée, le Maghreb, l’Afrique.

L’avenir de l’Europe est sûrement au sud ; il serait dans la logique des choses que l’Europe soit amenée à revoir sa politique de voisinage.

  

Mardi 28 janvier 2014 à 15 h 30

Discours de M. Schulz, président du Parlement européen :

Mme DURRIEU (France) – Je remercie Tiny Kox pour ce rapport et je salue nos collègues palestiniens, et parmi eux le président du Conseil législatif palestinien, ou du moins ce qu’il reste de ce dernier.

Monsieur Schennach a eu raison de rappeler que les élections de 2006 ont été observées par la communauté internationale et que leurs résultats n’ont pas été reconnus. Nous portons par conséquent un peu la responsabilité des divisions qui existent aujourd’hui et nous sommes excessifs quand nous appelons à la réconciliation, à des élections et à la formation d’un gouvernement d’unité nationale. Certes, ce sont les objectifs qu’il faut atteindre, mais nous ne devons pas oublier le contexte dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui.

L’ONU a donné un nom à la Palestine et le statut d’Etat non membre, mais la Palestine reste un Etat virtuel, celui d’un peuple hors sol et occupé. La Cour internationale de justice a déclaré illégal le blocus israélien. Il y a en Cisjordanie 60 check-points permanents, 410 check-points volants, 436 obstacles physiques, 100 types de permis de circuler différents, 250 colonies, 500 000 colons, et des murs, des murs… Ajoutons l’annexion de Jérusalem Est et la volonté, affirmée au mois de décembre, d’annexer la vallée du Jourdain – c’est-à-dire 9 à 15 kilomètres de terres agricoles, un espace touristique, une zone où le foncier a un prix, 80 000 Palestiniens et 950 colons...

Je voudrais dire à nos amis israéliens que je reconnais leur existence et leur besoin de sécurité, mais celui-ci ne légitime pas tout. J’éprouve donc une certaine gêne, Monsieur le rapporteur, devant la disproportion entre la situation dramatique du peuple palestinien et nos exigences légitimes, lesquelles doivent être adaptées à la nature de la situation.

J’ai lu le courrier de nos amis palestiniens : non, nos exigences ne sont pas injustes, elles sont légitimes. Je souhaite et je pense que les Palestiniens arriveront au bout du processus engagé avec le partenariat pour la démocratie. Mais, de notre côté, faisons preuve de davantage de bienveillance !

 

 

Mercredi 29 janvier 2014 à 10 heures

 

Discours de M. Schulz, président du Parlement européen :

 

Mme DURRIEU (France) – Monsieur le Président, l’Afrique sera fort probablement le grand continent du XXIe avec 2 milliards d’habitants. L’Europe, la Méditerranée et l’Afrique sont dans le même fuseau horaire. L’Europe a-t-elle pris la dimension de cette future grande région mondiale Nord-Sud ? Et pourquoi se sent-elle si peu concernée par l’instabilité de l’Afrique ?

 

M. LE PRÉSIDENT DU PARLEMENT EUROPÉEN – Madame Durrieu, merci de votre question sur l’Afrique. Soyez rassurée, le Parlement européen prend très au sérieux le développement de l’Afrique. Nos relations avec l’ensemble des Etats de ce continent et non pas seulement certains pays sont approfondies et font l’objet d’une attention soutenue.

 

En ma qualité de Président du Parlement européen, je me suis adressé l’an dernier à l’Assemblée générale du Parlement panafricain. Nous avons approfondi nos relations avec les Parlements africains dans le cadre de la coopération interparlementaire. Toutefois, si le Parlement européen s’engage en tant que tel, pour autant, cela ne signifie pas que l’Union européenne prenne suffisamment au sérieux les relations euro-africaines.

 

Mon expérience de président en exercice entre 2012 et 2013 de l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée m’a prouvé la richesse que constituaient les relations et la coopération qui nous unissaient à l’Afrique. Prenons l’exemple de l’Union pour la Méditerranée. Une vue réaliste de la situation actuelle dans le nord de l’Afrique, au Maghreb, dans le monde arabe, nous montre que le processus de transformation n’est pas encore achevé. De quoi ont donc besoin ces Etats ? Du renouvellement de leurs infrastructures, d’un système médical durable, d’une agriculture durable, d’infrastructures commerciales, aériennes, ferroviaires. Mais une agriculture durable suppose des conditions qui passent par l’aménagement de la distribution de l’eau. C’est un gros problème, notamment en Egypte.

 

L’Afrique représente des potentialités énormes d’investissement. Qui pourrait investir, appuyer les partenaires sur place, leur apporter la connaissance, une capacité d’investissement et l’expertise nécessaire si ce ne sont les Etats de l’Union européenne de la Méditerranée ? Une Union de la Méditerranée est une chance pour le nord de l’Afrique et pour le sud de l’Europe, une opportunité qui, selon moi, est totalement sous-estimé. J’espère que cela changera dans un temps proche.